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les problèmes du secteur agricole :

Les agriculteurs ont une connaissance très aiguisée de leur secteur et des obstacles qui les empêchent d’avancer. Ils les résument en trois catégories.
- Des ressources naturelles peu ou mal valorisées :
Les superficies agricoles sont limitées. Leur mise en valeur est difficile. Des problèmes de surexploitation peuvent apparaître. L’érosion et l’ensablement causent des dégâts dans les zones insuffisamment protégées. Les disponibilités en eau sont restreintes et doivent être surveillées sous peine de provoquer des insuffisances en eau et leur salinité. Les eaux de crues ne sont pas mobilisées efficacement. Enfin, l’énergie naturelle (vent et soleil) n’est pas du tout prise en compte car trop onéreuse.
- L’ensablement :
La majeure partie des oasis marocaines sont touchées par l’ensablement, phénomène dû à une progression récente et actuelle des accumulations sableuses. L'érosion éolienne dans ces régions est l'une des plus importantes au Maroc. Elle a existé de tout temps, mais ses effets ont particulièrement été accentués ces dernières décennies. Ce n'est qu'à partir des années 1970 que le problème d’ensablement est devenu très important et menaçant, se traduisant en particulier par la coupure fréquente de la circulation sur les principaux axes routiers de ces vallées.
Les techniques de lutte 5 développées par les populations locales, qui auparavant donnaient des résultats satisfaisants, ne sont plus à même d'endiguer ce fléau et la situation ne cesse de s'aggraver d'année en année.
“C’est un risque majeur dont souffre le bassin de Figuig. Les zones les plus touchées sont : Hamam Foukani, Hamam Tahtani et Arja. Nous ne faisons pas de travaux de lutte contre l’ensablement, c’est le service des Eaux et Forêts qui s’en charge. Les résultats sont encourageants, mais il faut multiplier les efforts pour trouver des solutions plus efficaces ” affirme Monsieur Abdelilah Rahimi , Directeur du Centre des Travaux Agricoles à Figuig.
Ces zones touchées sont bénéficiaires de travaux de lutte contre l’ensablement. Mais plus loin, certaines zones le sont aussi sans bénéficier pour autant de ces actions. Ainsi, nous avons rencontré un exploitant à Arja : “Mon exploitation souffre énormément du phénomène de l’ensablement. C’est un grand problème pour moi, les services concernés n’ont déployé aucun effort pour minimiser les effets de ce fléau dans cette zone. Devant cette situation, j’ai été obligé de lutter et avec mes propres moyens contre l’ensablement, je suis entrain de construire un mur. J’ai peur que le sable envahisse mes cultures un jour. Je ne vais pas rester les bras croisés en attendant l’intervention des services concernés, le sable ne m’empêchera jamais à pratiquer l’agriculture; c’est un combat quotidien pour moi…”
Cet exemple illustre bien que malgré quelques initiatives personnelles, beaucoup de choses restent à faire. L’encadrement technique par les structures spécialisées de l’administration et l’engagement des associations dans ce type d’interventions doivent être renforcés. Relayer l’Etat dans la gestion des ressources naturelles constitue une piste pour assurer la durabilité des projets.
- La sécheresse :
Le phénomène doit être pris en tant que facteur structurel et non plus conjoncturel
[Depuis 1896, on note 10 périodes très sèches principales dont l’extension a été, à peu près, généralisée à la majeure partie du pays et dont l’intensité a été de modérée à forte : 1904 -1905, 1917-1920, 1930-1935, 1944-1945, 1948-1950, 1960-1961, 1974-1975, 1983-1984, 1986-1987, 1991-1993, 1994-1995.
D’autres, moins généralisées mais assez fortement ressenties sont notées autour des années : 1906-1907, 1910-1914, 1924-1953, 1965-1967, 1972-1973.
A titre d’exemple, l’année 1994-1995, le déficit du bilan global a été au niveau national de –36.5%, en retirant le bilan des bassins versants de l’Atlas, cela le ramène à –47.6%. ].Au sens climatique, la sécheresse se définit par la diminution de la pluviosité ou l’accentuation de sa variabilité à l’échelle mensuelle saisonnière ou annuelle. Cela engendre le raccourcissement de la période humide et par conséquent favorise l’évaporation sous ses multiples formes. Il y a sécheresse lorsque les pertes d’eau imputables à l’évaporation sont supérieures à la pluviosité reçue dans une période déterminée.
Au sens hydrologique, ce sont d’abord les cours d’eau qui capitulent, soit par la réduction des débits, soit en s’asséchant totalement. La pédo-sécheresse se traduit par la diminution des ressources en eau du sol.
La sécheresse agronomique se déclenche dès que la plante commence à avoir soif. En général, lorsque la plante manque d’eau, ses fonctions physiologiques et agronomiques s’altèrent. Les plantes ne cèdent pas facilement à l’état critique de la sécheresse mais plutôt tentent de parer pour la survie à travers un certain nombre de réactions physiologiques et chimiques. L’anéantissement total de la production peut s’opérer surtout pour les plantes maraîchères et les céréales incapables de tenir avec une sécheresse prononcée.
La sécheresse agronomique est due à l’action de l’homme depuis les années 1970. Dès cette période, la perte des attributs de la végétation naturelle et de la stabilité du sol a commencé à se faire sentir: érosion, encroûtements, perte du couvert végétal causés par les actions de l’homme sur les propriétés physico-chimiques du sol. A ce moment, un défrichement des parcours les plus productifs s’est développé avec les débuts du tracteur dans la région et l’introduction de l’orge dans l’alimentation animale.
Dans les années 1980, des changements plus profonds dans le mode de gestion de l’espace sont apparus. Les défrichements des parcours et la conquête des parcours collectifs par les gros éleveurs, une alimentation des animaux basée sur le concentré et l’utilisation des produits vétérinaires se sont intensifiés. Depuis, des tentatives de compensation des pertes de production subies par une intensification plus avancée des techniques de production animale et végétale sont menées mais la réduction du potentiel de production continue en spirale.
Parallèlement à l’échec de cette compensation, d’autres mesures stratégiques de secours sont prises par les producteurs des zones dégradées telles que l’émigration, l’achat de terrains agricoles en irrigué, la spéculation immobilière, la commercialisation, etc...
Pour les catégories d’éleveurs les plus vulnérables, la seule alternative reste l’abandon de l’élevage et l’exode rural. Jusqu’à quelques temps, la sécheresse a été considérée comme le bouc émissaire de l’échec des politiques économiques et sociales mais cette vision tend à disparaître au profit d’une vision plus réaliste des situations locales et d’une approche plus participative des populations concernées.
- La désertification et l’ensablement :
Le terme de désertification recouvre un ensemble de processus extrêmement complexes ce qui explique que plusieurs définitions ont pu être proposées pour cerner le phénomène. L’ensablement n’en est qu’une des manifestations les plus spectaculaires.
L’ampleur du phénomène est difficile à préciser d’une manière quantitative. L’UNESCO estime que pour l’Afrique du Nord, 100 000 hectares seraient chaque année envahis par le désert. En général, cela se manifeste de manière diffuse par la formation de tâches qui s’étendent et finissent par se rejoindre.
Il ne semble pas qu’il faille attribuer au climat un rôle direct dans le processus actuel de désertification. Ce serait plutôt le résultat d’une conjugaison de nombreux facteurs interdépendants qui ont pour caractéristiques communes la surexploitation d’écosystèmes et la rupture d’équilibre naturel.
Comme le souligne Jean Bisson (1984), au Maghreb, ce n’est pas le désert qui avance vers le nord mais la steppe qui du fait d’une utilisation abusive se désertifie: les petites dunes mobiles qui apparaissent dans la steppe ou sur les confins septentrionaux du désert n’ont pas pour origine un sable d’origine méridionale, donc saharien, mais sont la conséquence d’une mobilisation des éléments les plus grossiers du sol que sont les grains de sable, les limons, particules les plus fines exportées par le vent, et dont on retrouve les traces jusqu’en Europe.
Au niveau de la zone qui nous intéresse, Figuig est touchée par l’ensablement dans son secteur est, à la limite du qsar Hammam Foukani mais cela reste très circonscrit. L’espace qui est le plus préoccupant selon la division provinciale de l’agriculture, car plus gênant, est la route qui lie Bouarfa à Bouanane et qui est régulièrement recouverte de sable à la période des vents.
- Type du sol :
L'aridité du climat et la faiblesse des précipitations ont engendré des sols pauvres. Cependant, les sols fertiles sont rares et limités. Les risques d'encroûtement, d'érosion et de salinisation sont partout menaçant, se qui nécessite une action d'amélioration et de préservation des sols pour la mise en valeur
agricole.
- Des pratiques agricoles non optimisées:
Les pratiques agricoles restent traditionnelles (rareté d’une main d’oeuvre qualifiée, attachement au savoir faire traditionnel, hésitation face à l’innovation, peu d’initiatives personnelles, peu de recherches effectuées sur la région).
Les « ennemis des cultures » sont peu ou mal maîtrisés (plantes adventices, maladies parasitaires, bayoud, animaux ravageurs). Les intrants sont faiblement utilisés (pour plusieurs raisons: faible capital des agriculteurs, manque de subventions, éloignement, insuffisance des programmes de sensibilisation). Les plantations d’arbres ne sont pas maîtrisées. Les normes techniques de travail, de mises en valeur, de production, de qualité des productions sont inexistantes.
Certains terrains sont laissés en friche lorsque les querelles d’héritage apparaissent. D’ailleurs, le morcellement des terrains abusif par l’héritage est une grande préoccupation localement.
- Des produits agricoles peu valorisés:
La commercialisation des produits agricoles est peu développée (enclavement des oasis, absence d’étude sur le marché). Les ressources humaines compétentes pouvant s’atteler à cette tâche sont limitées (formation de cadres spécialisés non existante).
Il n’y a pas d’unités de transformation et de conditionnement des produits agricoles. Quand elles existent, elles ne sont pas conformes aux règles de sécurité ou performantes.
Les sous-produits agricoles sont mal exploités (coopératives agricoles au pouvoir limité, compostage des sous-produits non pratiqué, abandon de l’utilisation des sous-produits dans le secteur de l’habitat),
Les agriculteurs estiment faire beaucoup d’investissements sans que cela ne puisse porter ses fruits rapidement. Dans une formation organisée par l’association ACAF (Association des Coopératives Agricoles de Figuig), les participants ont essayé d’avoir une vue critique sur les difficultés rencontrées dans l’oasis.

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